Texte Libre

Bon, voilà 2009 et on repart avec de nouvelles aventures (espérant de nouveaux lecteurs!!!)
Mardi 20 janvier 2009 2 20 /01 /Jan /2009 14:57




Accoudé à la machine à café, je regarde les derniers clients quitter le bar. C'est peu dire qu'ils traînent les pieds ces soiffards. Je suis obligé de gueuler pour qu'ils accélèrent le mouvement mais c'est un peu comme si je pissais dans un violon. D'autant que Joël et Michel, bien calés contre le comptoir n'ont pas bougé d'un poil.
- Et tes potes, tu les sors pas ?
C'est ce grand con d'Antoine qui vient de causer, et au regard noir de Michel il comprend qu'il ne vaut mieux pas insister. Lorsque j'ai acheté ce bar, j'ai cru atteindre le paradis. Moi qui étais un pilier des établissements du quartier, je passais enfin de l'autre côté du comptoir et on allait voir ce que l'on allait voir. Les amis m'ont aidé pour les travaux. J'ai décidé d'appeler le bistrot, " Licence IV " ce qui est un fin jeu de mot entre la situation administrative du bar et l'argent qui m'a servi pour acheter ce local : Ma prime de licenciement. Quand ma boite a " compressé " le personnel, j'ai cru devenir fou. Heureusement, avec les potes, nous nous sommes battus comme des chiffonniers et j'aime mieux vous dire que mon patron et ses larbins ont eu du mal jusqu'au bout. Au final nous avons perdu, mais qu'aurions-nous pu faire de plus ? Les leaders syndicaux refusaient le passage à la violence pure et ont négocié une sortie honorable : des primes. Avec Joël et Michel, licenciés comme moi, on a pris le fric mais on a fait le serment de venger cet affront. Depuis, deux ans ont passé et la gestion d'un bar au jour le jour s'est révélée plus difficile que prévu. Le côté festif que je trouvais dans ce genre de lieu lorsque j'étais un client, s'est vite évanoui et j'ai dû subir le quotidien. Auparavant, le bar était ma maîtresse, aujourd'hui c'est ma femme et tout est dit. Heureusement, mes potes passent régulièrement et nous refaisons encore et encore des plans de vengeance. C'est Joël surtout qui entretient les braises de notre rancune, car il faut bien dire que Michel avec Camille et moi avec le bar nous avons d'autres priorités.
Enfin les derniers clients quittent les lieux et je ferme le rideau. Je repasse derrière le bar, baisse les lumières et m'approche de mes amis une bouteille à la main. Nous nous sourions en silence, goûtant avec gourmandise cet instant comme suspendu dans la nuit. Ces réunions ont lieu en général une fois par mois et je dois bien avouer que j'attends ces moments avec impatience. Vingt ans d'usine avec ces deux lascars, c'est quelque chose ! Tant de sueur, tant de larmes, tant de joie aussi, tant de luttes. Putain ce qu'on aimait ça. Si les syndicats nous avaient écoutés, nous aurions fait grève tous les jours. Nous étions en guerre, pas moins. Notre haine était à la hauteur de notre colère. Au fil des ans, nous étions un peu à l'écart, chacun ayant peur de nous. Pour notre bonheur nous étions des artisans hors pair et cela nous a protégés. Lorsque la direction a décidé de " réduire les coûts ", plus rien ne pouvait nous protéger et tant mieux dans un sens, car je me voyais mal continuer à bosser sachant des amis à la rue. Ce sentiment, tout le monde ne l'avait pas et nous avons décidé de rappeler aux cadres et aux non-grévistes ce qui nous était arrivé. Chaque mois, nous organisons une expédition punitive chez un de ces blaireaux. Nous n'avons commencé que depuis un an et pour l'instant n'avons tapé que les directeurs et les cadres. ( Nous avons particulièrement soigné le directeur des ressources humaines. ) Aujourd'hui l'instant est grave : Notre prochaine cible est un ouvrier comme nous et nous avons quelques scrupules.
- Bordel, mais c'est un jaune, un sale enculé qui a sauvé sa place en nous trahissant, vous n'allez pas vous dégonfler non ?
C'est Joël qui nous rappelle à l'ordre, mais nous sommes las, Michel et moi.
- A quoi ça rime tout ça ? Ils sont toujours aussi cons, ils n'ont même pas porté plainte, tu peux croire cela ?
Et Michel a raison, ils n'ont jamais averti la police, comme s'ils se sentaient fautifs et qu'il était raisonnable de payer. Il faut dire que ce putain de plan social a fait du bruit dans la ville. Personne n'a oublié, la conscience ouvrière n'est pas une légende par ici, et même si tout le monde sait, personne ne parle, comme si la société avait une dette à notre encontre. Et c'est vrai dans un sens, nous sommes des victimes.
- Plainte ou pas, ils ont besoin d'une leçon.
Joël me fait peur maintenant car je sais qu'il ne s'arrêtera plus. Je ressers une tournée et vais aux toilettes pendant que Joël commence à expliquer " la mission ". Pensif je m'essuie les mains tout en regardant mes potes dans le coin du miroir. J'ai honte, mais je ne vois pas d'autres solutions.. Le combiné est glacé lorsque la voix se fait entendre :
- Police secours, j'écoute.


Par louis - Publié dans : Nouvelles
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Mardi 23 décembre 2008 2 23 /12 /Déc /2008 19:00



La pièce ressemble à celles que l'on voit à la télévision ou au cinéma, sale sombre et puante. Les flics m'ont laissé mes cigarettes, mais je suis trop mal pour en profiter. Sur le bureau trône la fameuse lampe qui sert à éblouir le suspect. Jusqu'à maintenant, je n'ai pas eu droit à cet honneur.
- Raconte.
Le flic a les yeux globuleux et donne l'impression de s'ennuyer.
- J'ai déjà raconté à vos collègues.
- Je m'en fous, raconte encore, et arrête de nous prendre pour des cons.
- Mais je suis sérieux, c'est un accident.
J'ai crié ces derniers mots et la gifle me coupe le souffle. Le policier très calme allume une cigarette en prenant tout son temps avant de poursuivre d'une voix lasse très étudiée.
- Je suis dans la police depuis 30 ans et j'ai l'habitude des accidents crois-moi, alors t'as intérêt à me raconter comment tout cela est arrivé, parce que toi et ton pote, vous êtes mal barrés.
Je baisse les yeux, comment lui expliquer ? Qu'est-ce qu'un vieux flic comme lui peut comprendre ? Je me demande ce que raconte Robert dans le bureau voisin.
Depuis longtemps, je pressentais que Robert allait m'attirer des emmerdements, c'était inévitable, mais comment me passer de lui ? A traîner comme je le faisais dans les bars de la Croix Rousse, il était fatal, qu'un jour ou l'autre tout tourne mal.
J'ai une putain de migraine, mais n'ose pas demander de cachets.
J'ai rencontré Robert il y a quelques années lors d'une de ces bagarres d'ivrognes qui vous cimentent l'amitié pour toujours. De ce jour nous sommes devenus inséparables. Pas réellement amis, mais de proches buveurs. Depuis le départ de ma femme et mon licenciement, ma vie partait en couilles, et seuls les bars de nuits m'apportaient un peu de cette chaleur factice qui m'aidait à survivre. Je n'étais qu'une boule de haine. J'en voulais à la terre entière pour ma vie brisée et j'allais sans goût, sans buts et sans repères. Robert lui, vivait avec sa mère, et après le souper, il descendait au bistrot, pour, comme il le disait, « ne pas se faire chier devant la télé comme tous les blaireaux ». En fait, il préférait se faire chier au bar et c'est là que je le retrouvais. Vissés sur nos tabourets, nous enfilions les bières et les cigarettes, les tympans déchirés par la musique, échangeant quelques pensées profondes et tentant nos chances auprès de clientes avenantes. Lorsqu'il n'y avait pas trop de monde, nous faisions une partie de fléchettes ou de 421. Hier soir d'ailleurs c'est ce que nous allions faire, car il n'y avait pas foule. Mais Francis le patron est venu se caler dans notre coin pour discuter un peu. Francis on l'aime bien, il est cool. Il remet souvent sa tournée et ne nous jette jamais dehors. Il m'a même ramené chez moi un soir de suralcoolisation. Entre deux bières, il nous a parlé de ses ennuis avec ses voisins du dessus, un couple de jeunes cadres dynamiques qui venaient d'acheter puisque c'est la mode dans le coin.
- Ces jeunes merdeux se plaignent du bruit, je me demande pourquoi ils ont acheté ici.
L'œil de Robert s'est allumé.
- On va aller leur causer à ces connards.
- Laisse tomber, c'est mes oignons, je vais faire attention pendant quelque temps pour les calmer, j'ai l'habitude.
Le bar s'est rempli peu à peu et Francis nous a abandonnés. Quelques bières plus tard, alors que je louchais effrontément sur le décolleté de ma voisine, Robert m'a fait sursauter.
- On va aller causer à ces mauvais coucheurs.
- T'es pas loufe, à cette heure ?
- Ben quoi, c'est 22 heures, juste l'heure ou les casse-couilles téléphonent aux flics.
Avec un sourire canaille Robert a exhibé une espèce de carte barrée de bleu blanc rouge.
- C'est quoi ce truc ?
- C'est ma carte professionnelle, si je la montre vite, on dirait une carte de flics.
Je restais songeur, mais n'ayant jamais vu de carte de police je me gardais bien d'ergoter. Et puis je n'allais pas laisser Robert tout seul. Il avait raison, Francis avait besoin d'un coup de main, et nous allions l'aider.
Nous sommes sortis discrètement et avons grimpé sans un mot à l'étage. J'allais parler, mais Robert avait déjà sonné. Le temps d'une microseconde, j'ai bien entrevu le sac d'embrouilles qui se profilait à l'horizon, mais cela fut trop furtif. Une voix peureuse interrogeait derrière la porte.
- Qui c'est ?
- Police.
- La police, à cette heure ?
- Vous avez bien porté plainte pour tapage nocturne Monsieur Roussillon ?
L'homme avait entrouvert la porte.
- C'est exact.
- Nous devons constater, cela ne sera pas long.
J'étais admiratif devant l'aisance de Robert, mais lorsque la porte s'ouvrit, j'aurais aimé être au diable. Mon ami exhiba avec brio sa carte plastifiée et expliqua en entrant.
- Nous devons rendre compte d'une éventuelle nuisance. Si notre rapport est positif, une équipe de techniciens viendra mesurer le niveau exact de décibels.
Il avait sorti un petit carnet noir et un stylo. Le jeune cadre nous regardait de ses yeux ronds et effarés. La situation était plutôt drôle et je suivais tout cela comme un spectacle plutôt agréable.
- Comprenez monsieur, que les experts ne se déplacent pas avec leur matériel à chaque appel.
Le dénommé Roussillon était complètement dépassé par les évènements et avait reculé devant l'assurance de Robert jusque dans le salon. Mon ami s'assit sur le canapé pour déclarer bonhomme.
- N'ayez aucune crainte, nous allons attendre quelques instants et faire notre rapport. Pouvez-vous éteindre la télévision ?
Le jeune homme la trentaine environ - s'exécuta sans un mot. Il était trop surpris pour réagir et je m'amusais de le voir si désorienté. Malgré son jeune âge, il était déjà bien dégarni, et son allure guindée indiquait qu'il était déjà vieux. Trop sérieux pour traîner les bars, trop strict pour penser à autre chose que son travail. Ce devait être un bel emmerdeur dans son entreprise. De l'espèce d'enculé que je hais cordialement, me surpris-je à penser. Si à l'entrée, il m'avait inspiré un peu de pitié, pour l'heure je le détaillais sans aucune tendresse. Derrière ses lunettes à monture épaisse, ses yeux roulaient en tout sens.
- Qu'est-ce qu'il se passe chéri ?
La voix me fit sursauter, mais c'était de la rigolade par rapport au bond que je fis lorsqu'apparut sa propriétaire. Elle surgit dans le salon vêtue si l'on peut employer ce mot, d'une nuisette scandaleuse, qui non seulement ne cachait rien, mais au contraire rehaussait ses formes généreuses. C'était une petite blonde potelée comme on aimerait en voir plus souvent, surtout dans cette tenue. Par son entrée dans la pièce, elle nous offrit un spectacle adorable. En nous découvrant, elle poussa un petit cri vraiment très réussi et tournant les talons nous présenta un autre côté de sa personnalité. Je dus m'asseoir tellement cette vision m'avait touché, et du coin de l'œil, je vis qu'il en était de même pour Robert. Je sus à cet instant qu'il nous fallait partir. Il y avait dans les yeux de mon compagnon cette lueur dangereuse qui annonçait le drame. Pourtant je ne bougeais pas, encore sous le choc de cette apparition.
Robert se leva pour suivre la jeune femme en déclarant sans honte.
- Je dois vérifier les autres pièces. Et au jeune homme qui voulait le suivre.
- Restez avec mon collègue, je trouverais tout seul.
Là, c'est sur, cela partait mal. Mais je ne dis rien observant l'homme pour voir dans son attitude jusqu'où nous pourrions aller. Il n'y avait pas à s'inquiéter, il restait sans réactions, les bras ballants avec l'air con qui lui allait si bien. J'aurais cru qu'il essayerait de téléphoner à la police, mais pas du tout, il regardait bêtement la porte par laquelle sa femme et Robert venaient de disparaître. Puis son regard interrogateur se posa sur moi. Je levai les deux mains en signe d'apaisement.
- La routine, ne vous en faites pas.
J'aurais aimé boire quelque chose, mais je n'osais pas réclamer. Est-ce que des policiers en mission boivent chez les clients ?
Soudain la femme cria et son hurlement déchira l'atmosphère paisible du salon. Je bondis de mon siège pour me coller au jeune homme.
- Restez calme, ce n'est rien.
Mais le cri l'avait sorti de sa torpeur, il s'ébroua et fonça vers la porte. Je fus sur lui en une fraction de seconde et le séchai d'une manchette à la nuque. Il vacilla et me jeta un regard d'incompréhension. Je le frappai violemment au visage et il s'effondra. Je me massai les poings tout en surveillant ma victime. Il avait vraiment une gueule de con et cela me rassura. Pour faire bonne mesure, je lui balançai mon pied dans la tête. Cela eut le don de le calmer, comme quoi dans toute situation délicate, une franche discussion règle bien des problèmes. L'homme à terre inanimé, je me précipitai vers le bar. J'avais la gorge sèche et me servit un whisky à la hauteur de l'évènement. C'est en voulant boire que je réalisais que je tremblais comme une feuille. Les bruits qui me parvenaient de la chambre étaient sans équivoque. J'imaginais Robert et la femme et je mourrais d'envie de les rejoindre, mais l'homme au sol allait se réveiller. Un regard sur la pièce me permit de découvrir l'objet qu'il me fallait. Dans l'âtre de la fausse cheminée je pris la pièce métallique dont j'ignore le nom, mais qui trouva sa place immédiatement au creux de ma main. La peur et les cris m'excitaient. Un voile rouge tomba sur mes yeux et je frappai. Je n'étais plus moi-même, des années de frustrations, d'humiliations, de galère, de souffrances remontaient en moi. Il fallait bien qu'un jour quelqu'un paye la note. Voilà, c'était lui. J'étais en nage et à mes pieds gisait un corps disloqué. Je bondis vers la chambre où je trouvai le couple en pleine action. La jeune femme ne criait plus mais dans ses yeux je lisais l'horreur. Je tirai Robert à moi, mais il me repoussa violemment et son regard halluciné me fit peur. Je chutai lourdement sur le sol et me mis à pleurer.
J'ai perdu conscience et c'est Robert qui m'a relevé.
- Je crois qu'ils n'emmerderont plus Francis.
Nous sommes partis, laissant la porte grande ouverte. Nous avons bu toute la nuit. Il nous fallait nous abrutir pour nous laver de ce cauchemar. Nous n'avons pas échangé un mot. Les flics n'ont eu aucun mal à nous trouver, nous ne nous cachions pas.
Qu'est-ce que pourrait comprendre ce commissaire ?

Par louis - Publié dans : Nouvelles - Communauté : jeune auteur et compositeur
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